#3 Passages

Ecarts - passages - départs - creux - entre.

Pour extirper ample et contraster l'univers.

. Comme s'échappe le brut blet des saules.

. Comme combattent les épouses du rêve : par paliers incandescents.

 

Meuler le miel tendre avec un coeur violent. 

 

Glissent les passages aux parages rongés, aux mains inconnues, aux duvets de cactus

- exténués extérieurs -

(notre bief sans bannière)

à quelques distances inconscientes affleurent les ports : Cap Horn - Equateur avec leurs velours aux noeuds.

Nous les otages qui sonnons le toscsin pour un masque de soleil cambré : nous sommes le passage.

 

Tout donne sens, tout, somme toute : dictatures, mensonges, fantômes, cuites, cultes impossibles, hallalis.

 

Bouges et remous : passages de l'enclume du combat sur l'amour.

 

Et puis passages crinières hallés laissés libres cours troubles aux grandes apressions incompréhentes de râles résonances à l'en-tre-toi cuir.

 

Les hautes épiphanies de l'angagees. 

- ces manières dont le monde nous affecte.

 

 

Plomb 1

Je ne cherche pas à convaincre mais à bleuir les rêves, les solfèges, à rouir c'est une vache bouche ouverte les utopies passent, à renouer avec les hauteurs et les tréfonds du désir, à retrouver consistance – ma tarte à la crème –

J'affronterai les ombres au moment où baisser ma garde m'exhibe j'enflammerai les bruits et les gouffres mûrs – ma folie des grandeurs –

Je dis « les bêtes hurlantes sont notre sang conscient ».

Je le dis car je me contre-fiche de la pureté, de toute élévation, j’ai crevé mes rapports avec le lointain pour le devenir brutal et sonore de la pierre. Les grands soirs d’orage quand se défait l’angoisse sonne l’athanor de mon amour - la forte odeur de mon enfance - MA NUIT.

 

Il faut dominer la puanteur de nos bouches – le supplice des mots condensés, maniaques, aigris, blasés : métonymies d’une époque de dévastations, la nôtre, – et qui sans cesse imbibent nos lèvres, courbent nos langues, plient nos nerfs, brisent nos têtes – le triste mouroir de nos têtes ! Nos têtes extérieures faites de trous, nos têtes intérieures faites de mous, nos têtes vides au corps-véreux de déchets, nos têtes déjà-mortes-déjà-vidées, nos têtes isolats dans le grand trou qui dégouline en un grand cerveau déféquant d’où s’écoule la poussière purulente, immonde, insondable de cette époque. Nous assistons à l’engloutissement de la présence humaine un onctueux dégoût – où pisse l'utile de toute sa froideur.

Béances et Limites            

Gribouille 8
 

Un moment d'égarement

 

Un moment d'égarement dans une société de dévastations n'est pas un moment d'égarement mais un adieu.

Partout le sel, l'inqualifiable, les contaminations de spectacles, les aimantattions de faussetés, partout le dehors qui n'en est plus un... fuyons ! Partons ! Partons aux pays poivrés et détrempés etc.

- etc.

 

Un rêve...

 

Partout le consentement. Partout le choc de nos pertes immenses. Partout leur croûte prolongée sur la langue. 

Parce que nous refusons l’assignation aux leurres communs, au cynisme tournoyant, aux corps visés - du fond moite de la société - nous opposons la destruction pour le monde qui va. Nous brûlons de soif ! Nos liens politiques ne sont pas aliénés de gracieusetés, ne sont pas civilisés, éduqués, ne sont pas apaisés, nos rapports sociaux ne sont pas de fraternité avec les empoisonneurs. Je ne rêve pas de bourgeoisie, ni d’aristocratie, ni d’élitisme, ni de réussites, ni de méritocratie – cette vieille putain parfumée par la sainte concurrence –, ni de pouvoirs, ni de richesses, nous sommes sans jalousie. Nous prônons le grand oui et le grand écrasement. D’ailleurs, par amour, n'avais-je pas invoqué l’autonomie, l’indépendance, le faire-maison, le sur-mesure ? Oui, nous implorons le cynisme du savoir-faire, la veulerie du savoir-être. Oui, ta tête, coupe-là toi-même !

 

 

 

Nous, asphyxie

 

Nous sommes fatigués, nous sommes formidables petits os, nous sommes obstrués mauvais, nous sommes, sommes empotés, vrais, c'est ici qu'on vérifie nous sommes ailleurs, occupés, ailleurs, nous sommes occupés à réparer le monde, nous ne pouvons pas tout faire, penser à tout, rêver de vous !

 

Rêver de vous... quelle tacle !

Nous pendrons haut et court les mots à leurs mensonges, à leurs sceaux impérialistes, bourgeois, républicains, colonisateurs, oppresseurs, à leurs pesanteurs, à leur misère et d’abord à leur enlisement, à leur vertige, à leur toc. Nous donnerons tort aux rapports marchands, à la tristesse comptable. Nous tiendrons pour acquis la puissance d’être ensemble et nous briserons les puissances de l’imbécillité assignée. A nous, beautés de Lautréamont Ô mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées !

Hourra pour ce qui accouche dans nos bouches, d’ivresses, gosiers du vide, langues incertaines, dégoûtées, âpres, décimées, rebelles, froides, déchiquetées, nues, dures, souples, vaporeuses, sublimes, ouvertes, rouges, violacées ou brûlantes, et j’en passe, sensuelles, roulantes, trouées qui accourent, s’accumulent et multiplient à chaque instant, et se nouent en nous en un vaste brouet de chœurs. Et même si nous avons de plus en plus mal, et même si l’époque n’est plus aux révolutions mais à la tristesse de l’isolement organisé, et même si nous sommes forcés d’admettre que les conditions ne sont pas réunies pour dégonder les portes du mouroir, nous prendrons les hommes comme ils sont. Et les hommes sont. Je mise sur l’inépuisable possibilité d’énonciations et de puissances humaines.

 

Brûlez la langue du maître, des maîtres, des quartiers-maîtres. Il n’y a rien là d’incarner, rien du monde à voir. (Briser les seuls maîtres à bord après Dieu.) 

Nous saisirons les soupirs du matin, les éclats de rire, les bleues enfantins. Les renaissances, les champs de ruines ou les tours de forces, les impensés, les instants de satin dans l’œil des cyclones, le retour des puissances fatales : voici ce dont nous ne voulons plus nous dessaisir calmement. Ce que nous cherchons est emmêlé de gravité. Je découpe la lan angue, cherche à en saisir l’étrange, à la dés saisir.

Bestiaire d’une enfance leurrée.

 

Je dis « le corps inconscient chie le rythme sonore de rivière ».

Nous savons que le temps fuit et que toutes les dimensions humaines se meurent, nous savons que l’homme séparé de lui-même sur l’autel du travail se meurt, que l’homme à l’avenir fixé traîne sa mort, et meurt. Le morne contemporain impose son prix, son glas. Le Soleil vert d’Ubu roi merdre managériale ad nauseam tue intensément. Toutes les créatures fantastiques dépérissent, s’étiolent, agonisent, meurent. Les cadavres pullulent. Lautréamont, encore, Vieil océan, tes eaux sont amères… Comment ? Vieil océan tu es si puissant.

Vieil océan dont les jardins fleuris ont des enfants peu sages qui se cachaient pour jouer.

 

Qu’un déluge d’impuissances tenaces envahisse la terre et la ravage de sangs chauds et de rages ! Que les thuriféraires de l’époque s’introjectent la mort et nos flots de terreurs les embaumeront ! Puis j'enfoncerai un poème, un seul, dans leur bouche consensuelle, soyeuse, indifférente, ivre et grandiose. La beauté s’épanouira en cet instant – comme la manifestation ultime et cadavérique de mon amour éclatant.

 

Je n’espère pas un autre sort, puisque je vais en avant de cet acte, le déchire d’un geste qui l'établit, puisque je le crée.

 

La répétition d’autrui est ta mort.

Je dis : « le corps immense des herbes pousse » :

 

Résistances ? Dépouillement ? Désistement ?

Sortie de secours ?

On rejoue la haine ? 

Nous pouvons désormais nous reprendre. Nous sommes, sommes asphyxies.

Corps abysses fabuleux, corps ici.

Contributions :

Nicolas Fraigniaud :  Collage, Je ne cherche pas à convaincre [...], Béances et Limites, Un moment d'égarement, Nous, asphyxie.

Maria Gray : 

Ariane Muller : Béances et Limites

Janick Nadouce : 

Théo Poulet : 

Date de dernière mise à jour : 23/03/2026