Autoportrait 1
- Ma tête
Bien faite ! Puisque vous le demandez.
Plus grande en dedans qu’en dehors ! Que les scientifiques se penchent dessus tellement qu’ils ne se l’expliquent pas. DANGEREUSEMENT !
Ils s’interrogent mais les savants ne savent rien ! C’est désespérant !
Ils ne sont pas idiots, prétentieux, oui. Ils confondent problèmes et mystères. Les problèmes ? On finira par les résoudre. Les autres : mystère…
Je n’en sais pas plus qu’eux mais j’avance ! La tête ne m’intéresse pas. Ce sont les jambes dans la tête qui m’interpellent !
Qu’ils sont bêtes !
Tiens ! par exemple, avec cette caboche, je rentre dans un cerf-volant, je demande aux extraterrestres de me passer les images de la bataille du Granique ! C’est dans leurs archives ! Et la mort de César, la Crucifixion d’un pauvre fou, l’exécution de Giordano Bruno !
Je leur demande aussi de me montrer le visage d’Alexandre le Grand !
Merde ! Une tête de métèque ! Je le savais ! Pas vous ? Blond à bouclettes qu’ils disent les historiens ! Et tous les autres aussi : « Blonds aux yeux bleus ! » Catégoriques ! Socrates, Platon, Jésus, Caligula, Jeanne d’Arc !
Avec ma tête, j’allume des bougies de grottes et lance de petits miroirs dans les ténèbres et pour être sûr d’avoir un ticket pour le dernier étage, comme Blaise Pascal, une petite prière.
La tête, c’est bon à tout faire !
J’oubliais : ma tête a des yeux ! Deux.
Ou trois. Je ne sais plus.
Des yeux sans malice -je suis transparent- MAIS qui voient la nuit dans la nuit.
Dès que je les ouvre, un tiers de mes neurones, des milliards ! travaillent pour me la représenter cette obscurité !
Les autres 66% ? Ils se tiennent par l’axone, errent dans les couloirs d’un hôtel construit près des pistes d’un grand aéroport. Ils trimbalent un vieux trône sur leurs épaules chimiques. UNE IDÉE DE MOI est assise sur ce trône.
- Ma main gauche
Avec celle-ci, je me GRATTE.
- Ma main droite
Avec celle-là, je tuerai bien l’Humanité mais après je me sentirais bien seul. Pas l’envie qui m’en manque. Hier, pour voir, j’ai trucidé le président d’un grande multinationale. Mais ça n’a rien changé. Ils en ont mis un autre à sa place, bien pire encore !
Après, c’est au trépas que j’ai adressé ces quelques mots : « c’est de la poésie ! » j’ai dit.
- Mes pieds
Deux. Une presse hydraulique de 100 tonnes de pression à chaque semelle qui écrabouille des escargots sur la route.
C’est moche les escargots. Ils ont un pied dans la tête. Et ils n’avancent pas vite !
J’aurais pu devenir un Jaïn mais il m’aurait fallu acheter un chamara, un type de plumeau ! Je
l’ai pas fait. Trop d’efforts ! Alors je marche et j’écrabouille tout un tas d’infra-mondes. Qu’importe ! Je suis français, n’est-ce pas.
- Mon cœur
Le bateau ivre ? La bonne blague. Mais non. Le cœur c’est « un organe musculaire situé dans la cage thoracique, derrière le sternum. »
Quoi d’autre ?
Le cœur, ce sont les entrailles, c’est le cul nu du meilleur des hominidés.
Le cœur, c’est la fin de l’espèce.
Et c’est tant mieux.
Qu’on en finisse !