#1 Autoportraits

Premier numéro pour mieux se co-connaître, dé-connaître et reconnaître : Autoportraits     

 

Des gueules de bonnes bouilleuses de familles rapaces, médicamenteuses, fêlées, carbonées, éoliennes, rutilantes, belles à cracher racheter larguer,  accessibles face à face à l’autre à l’autre encore piétinant répondraient tu dors

 

Janick
Théo
Nicolas
Collage danseuse khmer clair net
Robi
Claire

Caché-montré

 
Théo
 
Ariane
Robi
Soupire

Volveron a andar

Vous aimez mon immédiateté
mon imbécillité
que voulez-vous
vous l’avez
tandis que je me plume
le cerveau
je me meurs je me plais mais
suis-je
vraiment je vais innocent la claquette dans le vice je dan
se
je m’aime par conscience
vous êtes dépositaire de tant d’autres masques
vous êtes déplaisants
choses calcaires
vous êtes défaillants
mais regardez-moi regardez-moi
vous voyez
que voyez-vous ?
une caricature
une détresse
un vide
un amour
que la dengue me chaparde le nez
qu’une quinte me citerne
le citron et le ciboulot Singapour c’est tout
la ceinture budgétaire n’y pourra rien
l’existence
j’y passerai ma vie
avec tant d’autres
tant d’autres que vous

Claire

 

Un palais pour tous
Commence à gauche, dans le sens des aiguilles d’une montre : mon horloge déréglée, bien carrée,
va te raconter l’abstrait qui me dessine :
Dans le tissu couleur renard, je cache un coffre où j’enferme des barreaux, tortille d’une légère
virgule.
Tu verras mes dents pousser toujours, et tu relèves la tête : regard grillage t’observe…
Une demie-tunique forme bâton, un bras pointillé effleure le centre…
La tête est orange sous le soleil sans nuages et cogne au mur, tandis qu’à tribord et au zénith des monuments, une cité chute — tiret seul l’œil, tiret retour dents — et, au-dessus, une vision incertaine en trois mots…
Un poème se promène :
Quelle est l’architecture d’une pensée ?
Si je suis mon chaos, il est ma fortune ; regarde le trait massif, tu fixes, et la question est : quelle est
la tienne…
Je ne te répondrai pas…
Je brûle d’envie de me balancer à ton oreille, mais ne sais-tu pas déjà
ce que tu vois : mon chaos, mes vertiges, un secret…
Et s’envole d’une plume cette dernière phrase  : 
mon palais est le tien, ma langue est la mienne...

 

1)

Je suis Arrogance à proclamer sans cesse je ne suis rien.

Non : il est une lueur née du vide, je suis. Il est une peau. Il est une membrane à même seule de se démembrer, liquide enfin – flotter en soi : là je suis. Aussi lourdeur à être et vapeur insaisie : mais le monde me tient, je suis là, j’ai accepté :

d’accord, je ne suis pas rien : il est un voile, une toile livrée aux vents mais impassible, par elle et en elle mon corps se tient et par l’opération de je ne sais

Non. Moi : fibres optiques pour cage thoracique, étincelle liquide au bout de leurs tiges, corset en dentelle, abstraction de poitrine, fil de pêche,

puis épaisse et gonflée de mon être – être m’insuffle et être me gonfle.

Un sternum aussi, je suis un sternum, concave parfois, et inversion de courbure au niveau cervical, convexe tantôt, comme mon nez et le long chanfrein des chevaux espagnols. As-tu un sternum aussi ? Et sais-tu qu’un massage cardiaque efficace s’arroge le droit de te le briser, ce sternum, du manubrium à la clavicule ? […] c’est là ce petit endroit que les initiés caressent

Dos

 

Va et vient

I

je suis un pli à l’heure de la brune

entre chien et loup je marche sur la plage plonge nage

flotte

       mes mains brillent sous la Lune

comme des os de sèche

le courant m’emporte et engourdi par la piqure céleste

je pousse mon visage sous la surface

l’abîme ouvre ses yeux tend vers moi

une poigne de courant marin

je vois le temps se ruer dans le présent

et non

le présent évoluer dans le temps

je m’endors

rassuré

II

je ne suis plus moi

je ne suis pas autre

je suis

double

fusionné fractionné

dans l’univers de mes REM dans les quartiers

les maisons les pièces jardins

d’encre électrique

topographie aux vastes conurbations

je te surprends Philippe

tu as l’étrangeté d’autrui

je nous observe palpitations

prisonnières d’une porte tambour

cellule cylindrique

circulaire

à qui dois-je ce mystère

hérité

III

je fracasse un semi-remorque devenu fou sans chauffeur

je le conduisais

butte sur la porte d’un hangar l’explose

je suis indemne au milieu du parking

absurdité du rêve

Message reçu que veut-il dire

je visse ma tête dans les draps

je te retrouve Philippe dans ces artères

éventrées d’esplanades

dans la nuit je ne suis jamais malade

immortel car

ma pendule est remise à l’heure

avant chaque plongeon

IV

A la fin de l’année j’aurai vécu

sept cent trente jours

le double d’odeurs d’orages

de nulle part d’absences d’échecs d’amour d’excès de parents morts las                     

si nous sommes deux il en faut un troisième

car qui peut se fuir à jamais

qui m’offre le masque diurne

qui me procure l’enveloppe nocturne

puisque nous sommes deux il en faut un troisième

Labyrinthe noir et blanc web

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Labyrinthes

Labyrinthe vert a clean 3 dimensions site3 compr

2)

Sensualité des crêtes osseuses, d’un cul, de lèvres tragiques ;

La mollesse dans le givre craquant de janvier, l’indécision, la maturité sans la raison, je suis Madame a 20 ans

& Mademoiselle en a 40 ;

L’énergie brûlante de la mélancolie, l’élan communicatif ;

Je suis l’amour, je suis un creux pour toi, je suis je t’aime un peu et rien du tout.

Mais on me l’accordera, je suis une voix, un accent tonal et non tonique,

Blanche

Monocorde.

Ma prosodie est unique, on me l’a dit, c’est mon petit orgueil et je suis linguiste.

Alors je parle les jours de deuil, d’autorité, et fais taire ceux dont je voudrais qu’ils répondent. Aussi pour être honnête, surtout je suis phonologie, et prétentieuse jargonnante,

je suis la microstructure du mot qui préférerait disparaitre,

Une sous-catégorie infâme du silence, je ne sais pas me taire, car la blancheur épaisse de ma voix est le cocon qui me nourrit l’hiver.

 
Nicolas
 

Invaincue mon enfance ma rivière fleurie, mon pire chéri des dents, mon galet des mots notoires ma rivière, versions du soleil, j'ai choisi tes pas de démesures
et je t'aime oh comment ta salive à m’inonder d'or et la chair cuivrée du cincle et la prunelle et la fontaine et la félicité et l'arôme et la prêle, les caresses des ormeaux et tes commissures et les mousses
oh merveille émerveilleuse épuisette
éveilleuse de mes mains de pourpres et d'exsudats
toute herbe d’inondations se fêle à ne pas dévaler ton regard
je m'enfonce en éclosions je me plonge je me plonge
en fuites de coeur dans tes frissons et la musique
et ta musique qui me touche l'esprit comme un hominidé
me touche aussi le sang pour ne pas
se perdre nous nous ventricules bijoux
et tes volutes soufflent et mes raisons baignent
dans une fantasmagorie de lumières et de sons et nous nous
allongeons comment puis-je
les batailles pour tout ce que nous aimons
papillons d’écarlates en écailles
d’orjoies en alliaires de douceurs et comment
pouvons-nous nous plonger nous unir
humides en amont du frisson
aux déboires lacustres nous nous
disons folles sont les abeilles et le foisonnement et la beauté
en aval aux orchidées l’eau claire se promet
disparaît dans le ciel et les monts voltigent nous nous
offrons à l’algue aux joncs des rires verts
descendons dans la liesse plus belle que tout
dans les courants nous nous
égarons en passant
nos mains délicates
sur l'aube des herbes tendres
des hivers passés des libellules des mille puis-je et la mélodie
non protégée non touchée
et la fournaise bleue invaincue
oh mon enfance ma rivière.

 

 

 

 

 

Il faut écrire mais je préférerai nager

mais l’eau est froide alors j’écris

On ne comprend sa langue

on n’entend sa langue

le son de la langue

qui claque contre le palais contre les incisives

la langue n’a de sens, elle est cryptée pour mieux masquer le vide

c’est comme déchiffrer du sable

la langue n’a de sens, elle tourne autour de l’espace de la bouche

elle tourne autour de ta langue

la langue à de la salive

la langue à une couleur : rose mollusque

ou vert spiruline. La langue est une algue

molle mais robuste

elle n’a de début, elle n’a de première personne, elle crie « moteur, action ! »

la langue est encombrée de mots comme la serviette de plage est encombrée de sable

les mots sont beaux comme des sons

les mots sont beaux comme des ombres

comme des coquillages alignés sur le trait de côte

ils sont formés de nacre et polis à la bave

ils sont beaux lorsqu’ils cessent

 
 
Nf profil gauche propre 2 ok
 

3)

Je suis là : dans le désert je porte un nom, et mon prénom me porte à bout de bras. Arbitrairement je suis brune et mes cheveux sont bouclés, j’ai toujours mal aux pieds quand je souffre des dents, j’ai des prémolaires couronnées.

Arbitrairement mon enfant, lui, a les yeux verts et les cheveux presque blonds. Certains soirs je me vois dans son reflet si le miroir est un peu sale, du dentifrice, je nous souris, c’est furtif et nécessite un regard distrait.

Mon prénom est Ariane à l’état civil et je n’ai jamais su tracer de signature valable au bas des chèques et des baux locatifs.

Ma peau n’est pas tatouée, cela ne cesse de m’étonner.

Quant à mon patronyme, il est plutôt sans intérêt, mais il contient le son « u ». C’est la voyelle que j’aime

et ce que j’aime chez moi, c’est surtout d’inventer qui je suis lorsque tu me le demandes, et lorsque j’aime à me dire que tu le demandes vraiment : je ne te dirai pas d’où je viens, mais qu’un jour j’ai planté un figuier

& mascara

sans issue

 

Janick

 
Nf dessous 2 clean
 

Par astronomie abolition
Par embolie croyance et traces
par lacrymales comparaisons
je suis frappé frappé par le dehors
Par chiens, ressources et cadavres en fraudes
Luttes et têtes par signatures
Par commotions épaules pluies
Par guérisons et fièvres
Par traces pisses et chiens
Et la joie et cerveau et pics
par pavanation
par comprahension
par extanuations du pleutre et dès lors
par trajectoires de fentes et discours et frappes 
même ça

Par laxisme erreurs sèches et ardeur et gueules de veule
et gueule d’apôtre et par histoires falaises meule
et gueule de langues et jours poilés et gueule de pauvreté             Et loisir des cendres des entraves                  Et des croyances et des hommes
En exploitation des équivoques par mort                                         
et poivre d’enfants
Et toutes langueurs et saut de vie
Apporte chien apporte chien frappe
Frappe par chant de tristesse et d’espoir
par reflets de naissances et par naissances                                  de naissances du monde et par reflets de naissantes naissances
Et frappe par ailleurs dehors par flux de vitesses                          et par armoiries de sables et mondes usés des langues.

 

Ébullition

 

Folle de poisson compressé

 
Janick

 

 

 

 

 

 

Autoportrait 1

  1. Ma tête 

Bien faite ! Puisque vous le demandez.

Plus grande en dedans qu’en dehors ! Que les scientifiques se penchent dessus tellement qu’ils ne se l’expliquent pas. DANGEREUSEMENT !

Ils s’interrogent mais les savants ne savent rien ! C’est désespérant !

Ils ne sont pas idiots, prétentieux, oui. Ils confondent problèmes et mystères. Les problèmes ? On finira par les résoudre. Les autres : mystère…

Je n’en sais pas plus qu’eux mais j’avance ! La tête ne m’intéresse pas. Ce sont les jambes dans la tête qui m’interpellent !

Qu’ils sont bêtes !

Tiens ! par exemple, avec cette caboche, je rentre dans un cerf-volant, je demande aux extraterrestres de me passer les images de la bataille du Granique ! C’est dans leurs archives ! Et la mort de César, la Crucifixion d’un pauvre fou, l’exécution de Giordano Bruno !

Je leur demande aussi de me montrer le visage d’Alexandre le Grand !

Merde ! Une tête de métèque ! Je le savais ! Pas vous ? Blond à bouclettes qu’ils disent les historiens ! Et tous les autres aussi : « Blonds aux yeux bleus ! » Catégoriques ! Socrates, Platon, Jésus, Caligula, Jeanne d’Arc !

Avec ma tête, j’allume des bougies de grottes et lance de petits miroirs dans les ténèbres et pour être sûr d’avoir un ticket pour le dernier étage, comme Blaise Pascal, une petite prière.

La tête, c’est bon à tout faire !

J’oubliais : ma tête a des yeux ! Deux.

Ou trois. Je ne sais plus.

Des yeux sans malice -je suis transparent- MAIS qui voient la nuit dans la nuit.

Dès que je les ouvre, un tiers de mes neurones, des milliards ! travaillent pour me la représenter cette obscurité !

Les autres 66% ? Ils se tiennent par l’axone, errent dans les couloirs d’un hôtel construit près des pistes d’un grand aéroport. Ils trimbalent un vieux trône sur leurs épaules chimiques. UNE IDÉE DE MOI est assise sur ce trône.

  1. Ma main gauche 

Avec celle-ci, je me GRATTE.

  1. Ma main droite 

Avec celle-là, je tuerai bien l’Humanité mais après je me sentirais bien seul. Pas l’envie qui m’en manque. Hier, pour voir, j’ai trucidé le président d’un grande multinationale. Mais ça n’a rien changé. Ils en ont mis un autre à sa place, bien pire encore !

Après, c’est au trépas que j’ai adressé ces quelques mots : « c’est de la poésie ! » j’ai dit.

  1. Mes pieds 

Deux. Une presse hydraulique de 100 tonnes de pression à chaque semelle qui écrabouille des escargots sur la route.

C’est moche les escargots. Ils ont un pied dans la tête. Et ils n’avancent pas vite !

J’aurais pu devenir un Jaïn mais il m’aurait fallu acheter un chamara, un type de plumeau ! Je

l’ai pas fait. Trop d’efforts ! Alors je marche et j’écrabouille tout un tas d’infra-mondes. Qu’importe ! Je suis français, n’est-ce pas.

  1. Mon cœur 

Le bateau ivre ? La bonne blague. Mais non. Le cœur c’est « un organe musculaire situé dans la cage thoracique, derrière le sternum. »

Quoi d’autre ?

Le cœur, ce sont les entrailles, c’est le cul nu du meilleur des hominidés.

Le cœur, c’est la fin de l’espèce.

Et c’est tant mieux.

Qu’on en finisse !

Naufrage nf a4 seuil

 
Ange mazout 4 ok
 

Autoportrait en pieds

Est-ce qu’avoir les jambes lourdes n’est qu’un petit malheur, et rien d’autre ? Non : c’est ne pas s’évaporer. Un pas est très léger, contrer l’envol à peine est le mien, glisser juste sans flotter,

bourrée d’arthrite, fioritures.

Rochers luisants aussi, microalgues vertes, s’ancrer, les jambes lourdes sont un port d’attache. 

Il faudrait se forcer à écrire lorsque le monde est supportable. Approximativement. Le temps manque, et quand il n’est pas supportable, là le moment s’impose. Toujours est-il. Les moments doux : la trace en est balayée, je n’écris pas, c’est malhonnête.

Effacement jusqu’à la moelle,

blanco,

enduit frais, j’aime essuyer les plâtres, je dirais branches de genêts et pas griffonnés dans la neige, empreinte sans jambes. Tout le monde aime marcher sur la neige, j’ai moins mal aux pieds.

.....

Je hais le soleil. Il est détestable de par la nature circulatoire du corps humain. Stase veineuse en l’occurrence, lymphe lente, et la chaleur me fait mal aux pieds.

Mais quand l’été nous étouffe, on peut rêver, on pourrait, car il existe sur les hauts plateaux de Turquie une ville aux hivers rudes et sublimes, ville devenue refuge pour quelques excommuniés, parce qu’il y a deux siècles ils buvaient du lait durant le temps du carême, ils osaient. Vérifiez, c’est exact, et les étés y sont frais, et le mimosas de janvier.

Pourquoi j’ai mal aux pieds ? C’est que l’organisme est fait de fibres élastiques, partout, entre les os, autour des muscles et dans la peau. C’est cela qui retient l’eau dans le corps et moi je suis trop souple, plus souple même que l’eau,

paradoxe collagène,

périphérique,

conjonctif et dystrophie,

foisonnante et clarté remarquable, j’en passe.

Plus que le grand écart : je dirai retournement chronique de toute articulation.

Je conclurai vite, les caractères sont limités et la page maximale autorisée :

l’inconvénient des miroirs en pied, c’est qu’ils sont souvent inclinés,

vers l’arrière,

mal posés.

Je vous épargne le cours d’optique : les jambes lourdes, les pieds gonflés, tout y semble plus massif encore, mieux vaut ne pas trop y regarder.

 
Nf dessus 2 ok
 

                                   Sept ans de malheur 1                                                                  

 

 

 

 

 

                                                   je fais des autoportraits " flash " et propres et clairs détachés définis représentation imagée d’une personne par elle-même, d’une part approche artistique de tous les autres genres à la différence je dessine vite ma tête ma gueule je pourrais aussi dessiner mon nombril ou mes pieds faire un autoportrait " en pied " en quelque sorte sortir du cadre approprié plier les papiers en quatre contre comme ma tête mon cœur mes pieds mes genoux me font mal je vais les dessiner mais non non mon ventre l’autoportrait en ventre en vente je l’appellerai c’est la différence entre la vie privée et la vie publique c’est très philosophique très métaphysique ce que je dis là sur l’origine de mon autoportrait il y a le trait pur comme moi je suis je me représente ainsi je me présente je me priente je m’appelle Nicolas ou Ahmed je viens de aussi lui ou Tartempion tu me diras tant fort, temps chair en fleur que tous nous passons nous passons par là l’autoportrait vrai vient là de là en fait pour cela, non pas en vérité mais par l’aspect extérieur et intérieur qui domine communique respire se tend sur serti approche charnelle un instant point final ouverture qui part

Ariane presque, de bleu de rose et noir accident

Incarnat rouge édulcorée presque

 

 

 

Ouverte antérieure ou centrale, non arrondie, non allongée

Apicale, ou grasseyée, fricative enfin

Fermée antérieure

Puis ouverte de l’antérieur ou centrale, toujours non arrondie, non allongée

Occlusive voire alvéolaire dentale, voisée, égréssive pulmonaire

Schwa

Encore on m’appelle nasale bilabiale voire palatalisée, mais voisée toujours

Et pré-fermée, antérieure arrondie

Occasionnellement une variante vélarisée sombre

Pour finir Schwa presque, plutôt variable… à vrai dire

 
Autoportraits
 

L’autoportrait est un ratage

Rétrospective sur Francis Bacon à la London Portrait Gallery.

Sur le mur, à l’entrée de l’expo, une réflexion du peintre :

« I would like my pictures to look as if a human had passed between them, like a snail, leaving a trail of human presence and memory trace of paste events as the snail leaves its slime. »[1]

Avez-vous déjà touché les ailes d’un papillon ? Elles laissent sur le bout des doigts une poudre colorée, une présence à la fois esthétique et pratique puisqu’elle fait penser à du maquillage. Un fard animal qui me dégoûte, en fait. Je me frotte les mains, les essuie sur mon pantalon ; la tache a disparu mais je sens encore la présence de cette substance grasse sur ma peau et mes vêtements, le fantôme d’une beauté qui n’est plus belle hors de son contexte !

Pénétré de cette sensation, je m’enfonçai dans la première galerie.

Des présences, voilà ce que convoque Bacon. Un couple de touristes se glissa grossièrement entre moi et une toile. Je souris. Quelle ironie ! Ceux-là étaient mes limaces ! Je pouffai. La dame tourna la tête ; nos regards se croisèrent. « Vous ne faites que passer ! » lui dis-je en riant de plus belle. J’attendis qu’ils déguerpissent. Voilà ! Plus rien ne s’interposait entre moi et le portrait du pape Innocent X.

Le prélat avait la gueule ouverte ! Si véridique que j’entendis un son de trompe tibétaine sortir de son gosier ! Ses dents étaient blanches, parfaites, carnassières ! L’effroi qu’il inspirait était

réussi. Quelle horreur ! Impossible de s’en détacher !

Bacon aime les ossements humains, les squelettes que l’on devine sous la peau, en transparence, comme si nous étions déjà mort ! L’Enfer ! Des lambeaux de peau torturée rebiquent, cuisent et exsudent de graisse humaine sous la flamme d’un chalumeau à la langue violette. Le tout, ravalé à la lèpre, bouillante, en perpétuel mouvement sur les visages ! Cette épouvante s’agite dans l’esprit comme une anguille monstrueuse et vorace qui vous dévorerait les yeux depuis l’intérieur du crâne !

Je tombe sur des séries d’autoportraits en triptyques ! Je lis les plaquettes mais les explications du peintre sont plates, hors sujet ! L’autoportrait est un ratage !

Il ne faut pas écouter Bacon. Il raconte n’importe quoi ! Il se prenait trop au sérieux ! Il faut le faire taire pour contempler son œuvre, pour enfin trembler, pour s’éveiller à la folie insoupçonnée qui sommeille en nous. Je contemple une mâchoire disloquée, ballante, entre dévoration et vomissement ! Effrayante !

 Vous croisez le reflet de votre visage sur une vitrine : « Qu’est-ce que je ressemble à maman ! » L’ensemble de l’exposition est insoutenable. J’en sortis indisposé, dégoûté et angoissé. Je n’avais rien appris. Juste croisé le regard d’une bête infernale.

 

 

[1] Trad. : « J'aimerais que mes peintures donnent l'impression qu'un humain est passé devant elles, comme un escargot, laissant une trace de présence humaine et une trace mémorielle d'événements tandis que l'escargot laisse sa bave. »

 

 

 

 


 

Contributions :

Nicolas Fraigniaud : Je me plume [...], Une gueule de face, Une gueule de profil, Une gueule en contre-plongée, Eau fabula (invaincue mon enfance [...]), L'autoportrait est un naufrage [...], Un crâne arrière, Par astronomie abolition [...], Un crâne, Je fais des autoportraits "flash" [...], Quatre crânes.

Maria Gray : Chaussures avec Soupire.

Ariane Muller : Danseuse, Labyrinthes 1-2, Je suis Arrogance 1-2-3, Ebullition, Autoportraits en pieds, Ange mazout, Ariane presque + Schwa.

Janick Nadouce : Volveron a andar, L'élu, Deux médicaments, Sans issue, Un autoportrait en deux, Danse des fous, Un autoportrait espace. Sept ans de malheur (autoportrait en noir et regards).

Philippe Nadouce : Autoportrait 1, Va et vient [...], L'autoportrait est un ratage.

Théo Poulet : Caché-montré, Labyrinthes 1, Autoportrait en mots Il faut écrire mais [...].

Claire Valadou : Peinture avec Un palais pour tous [...].

Date de dernière mise à jour : 07/02/2026